Discours de clôture, Congrès Francophone de Médecine et Spiritualité 2019

Mesdames et messieurs,

Ainsi s’achève ce 12ème Congrès Francophone de Médecine et Spiritualité. Au nom de toute l’équipe organisatrice, je tiens à tous vous remercier de votre présence, et d’avoir tenté ensemble, le temps d’un weekend, de mettre notre vision matérialiste du monde de côté et de nous ouvrir à une toute autre perception.

Je me tourne aussi vers toute cette « équipe organisatrice », fidèle et dévouée d’année en année, ainsi que vers ces conférenciers qui viennent bénévolement donner de leur temps.
Il est aisé, à l’aide de moyens financiers consistants, d’attirer à soi de grands noms, de grands conférenciers, d’assurer le succès économique d’un rassemblement tel que celui-ci. C’est un choix,  mais ce n’est pas le nôtre. Non, nous sommes là parce que nous sommes prêts à sacrifier une partie de notre temps et de notre énergie en faveur d’un monde plus harmonieux, plus spirituel.

De grandes valeurs se cachent derrière les approches alternatives liées à la médecine. En apportant de l’aide à son prochain, non en le considérant comme un amas de cellules mais comme un être vivant, doué d’une sublime complexité émotionnelle, d’une conscience aux capacités évolutives extraordinaires, nous faisons appel à des valeurs humaines fondamentales telles que la compassion, le dévouement, la fraternité, le désintéressement et bien d’autres. En cela, une médecine plus spirituelle est in fine une médecine plus humaine.

Au vu du message que nous essayons de véhiculer, les valeurs que nous retrouvons dans la médecine spirituelle doivent trouver un écho semblable dans le travail des bénévoles assurant ce Congrès contre vents et marées. Le désintéressement financier, est un élément essentiel qui donne un ancrage concret à cette volonté et cela nous semble un vecteur primordial pour une base de travail saine.


Ce travail a existé de tous temps et en tous lieux. Continuellement des hommes et des femmes ont osé émettre des hypothèses qui allaient au-delà des paradigmes établis de leur époque. Il est toujours plus aisé de se conformer aux dogmes et règles existants, mais les plus grands progrès ont bien souvent un dénominateur commun dans un premier temps : la marginalisation. Risquant de remettre en question les postulats contemporains, des hypothèses, théories, des conclusions, voire même de simples constatations sont niées, écartées, ridiculisées.
En fin de compte, c’est un véritable faisceau de facteurs s’entremêlant qui prend naissance, telle une toile d’araignée, et qui se concrétise en une notion rédhibitoire : le tabou.

Cependant, certains sujets, longtemps rejetés au ban des inepties ne méritant aucun intérêt scientifique, semblent progressivement bénéficier d’une reconnaissance (tel est le cas des « états modifiés de conscience », et avant cela de l’hypnose). Les tabous commencent à se lever un à un, et des scientifiques osent se pencher sur ces phénomènes.
Soyons malgré tout fort prudents. Cette « ouverture d’esprit », dans sa grande majorité, cache bien souvent une volonté de réduire les phénomènes observés à de simples symptômes résultant de causes neurologiques ou de façon plus générale, de causes matérielles. Cette nouvelle approche est déjà un progrès en soi, mais continuer à placer tous les phénomènes dans le paradigme actuel, serait une erreur.

Après ce premier pas en avant de la communauté scientifique, la prochaine étape serait donc d’accepter la possibilité d’une autre réalité que celle limitée par la vision « matérialiste », et ce pas uniquement dans le discours, mais aussi dans les faits. Accepter que ce que l’on croit d’un point de vue biologique, être à l’origine d’un phénomène, n’en est peut-être que l’effet, plutôt que la cause originelle. A partir de là, tout un champ d’études s’offre à la recherche où l’analyse neurobiologique n’est plus qu’un aspect à côté d’une analyse tenant compte des facteurs humains, psychologiques et spirituels qui semblent environner ces phénomènes.

Ces recherches plus « ouvertes » pourraient tendre à démontrer l’infinité des interconnections existantes entre toute chose : de l’infiniment grand, à l’infiniment petit, de la matérialité d’un phénomène à la cause spirituelle de celui-ci. Les études en physique quantique forment un terreau fertile à ce sujet.

Ne cherchons pas à opposer spiritualisme et matérialisme, mais plutôt à considérer qu’il s’agit des deux faces d’une même pièce. Il n’est donc pas question d’abolir l’ancien paradigme au profit d’un nouveau, mais d’étendre l’actuel (matériel) à son pendant naturel (le spirituel).


La civilisation humaine actuelle, puisant son exemple dans nos sociétés occidentales, a mené une course folle fondée sur le pragmatisme matérialiste qui s’est solidifié dans le courant du 17ème siècle, sous l’impulsion de scientifiques tels qu’Isaac Newton, et ce en opposition avec les courants religieux de l’époque qui s’étaient accaparés, comme s’il s’agissait de biens que l’on pouvait posséder, les attributs à caractère spirituel.

Soutenu par cette science dépourvue d’un penchant spirituel, le libéralisme a pu naître et s’est propagé comme moteur, non seulement économique mais aussi « sociétal ». Cette vision prônant une liberté débridée, l’individualisme, les vertus du matérialisme et la nécessité d’une croissance constante et aveugle nous a menés aujourd’hui au bord d’un précipice repris depuis peu sous les termes de « 6ème extinction massive ».

La science, dans son approche matérielle, et le capitalisme ont permis une évolution majeure de nos sociétés, de grands progrès ont été accomplis : technologiques, humains, économiques etc. Mais cette évolution a laissé de côté le spirituel au profit du matériel. Nous subissons aujourd’hui, de façon critique, les conséquences de ce déséquilibre, que ce soit :

  • au niveau économique où la disparité des richesses s’aggrave à nouveau ;
  • au niveau psychologique par la hausse des suicides, des burnouts et des troubles de toutes sortes ;
  • au niveau politique avec un repli sur « soi », sous forme de crise identitaire ;
  • et enfin au niveau écologique, où nous prenons conscience que notre comportement n’impacte pas seulement l’humanité, ce qui est déjà bien assez grave, mais aussi tout ce qui vit et respire sur cette planète.


Ce déséquilibre nous oblige à nous confronter à une réalité et à un choix : soit nous maintenons le système actuel au risque de tout perdre, soit nous embrassons l’angle spirituel du monde et nous tentons de lui permettre d’évoluer jusqu’à assurer l’équilibre. Cet angle spirituel n’est pas à inventer, ce n’est qu’une part de l’humanité qu’il nous suffit de cultiver.

J’aimerais que chacun puisse repartir avec la conviction suivante : ce rééquilibrage est possible et surtout, il englobe tous les aspects de nos vies. C’est ainsi que le circuit-court réapparaît, que la notion de décroissance devient une éventualité acceptable, que des voix s’élèvent de plus en plus pour une démocratie plus transparente, pour plus de fraternité et de tolérance entre les peuples…

Ces changements salvateurs ont une base éminemment commune avec la médecine plus spirituelle prônée durant ce congrès : ce sont les valeurs fondamentales dont j’ai parlé tout à l’heure, essentielles dans les soins mais aussi essentielles pour notre survie en symbiose avec notre environnement. L’effet curateur de la spiritualité et des valeurs qui la constituent s’étend à toutes les facettes de notre existence sur Terre.

Nous sommes donc personnellement convaincus qu’une médecine plus spirituelle, puisant ses fondations dans ces valeurs fondamentales, œuvre, elle-aussi, au monde de demain dont nous sommes tous les acteurs dès aujourd’hui.

Par Thomas José